L’installation en médecine libérale est le projet professionnel de nombreux internes et jeunes médecins. Mais entre le choix du secteur conventionnel, du mode d’exercice, de la localisation et des démarches administratives, les décisions à prendre sont nombreuses. Ce guide fait le point sur tout ce qu’un médecin doit savoir avant de s’installer.
Les secteurs conventionnels : secteur 1, 2 et 3
Le système conventionnel français définit les règles de tarification entre médecins et Assurance Maladie.
Secteur 1 (secteur à honoraires opposables)
- Tarifs : ceux fixés par la convention médicale (consultation généraliste = 26,50 € depuis 2024)
- Remboursement patient : optimal (70 % par l’AM, complément mutuelle)
- Avantage : cotisations sociales prises en charge à 2/3 par l’AM
- Public ciblé : médecins généralistes, pédiatres, internistes… attachés à l’accessibilité financière
Secteur 2 (secteur à honoraires libres, avec tact et mesure)
- Tarifs : dépassements libres, mais avec obligation de “tact et mesure” (pas de tarifs abusifs)
- Remboursement patient : base de remboursement sur le tarif secteur 1 uniquement
- Cotisations sociales : entièrement à la charge du médecin
- Public ciblé : spécialistes avec surspécialisation (chirurgiens, cardiologues, dermatologues…)
Secteur 3 (hors convention / exercice non conventionné)
- Tarifs : totalement libres
- Remboursement patient : très faible (1,22 € remboursé par l’AM)
- Usage : très marginal, médecine esthétique, consultations privées hors nomenclature
Tableau comparatif
| Critère | Secteur 1 | Secteur 2 | Secteur 3 |
|---|---|---|---|
| Tarif consultation | Fixé (26,50 €) | Libre (dépassements) | Totalement libre |
| Remboursement patient | Optimal | Partiel | Quasi nul |
| Prise en charge cotisations | 2/3 par l’AM | Aucune | Aucune |
| Avantage fiscal | Abattement CARPIMKO | Standard | Standard |
Choisir sa zone d’installation
Zones sous-denses : les aides à l’installation
Le gouvernement et les ARS (Agences Régionales de Santé) ont multiplié les dispositifs pour inciter les médecins à s’installer dans les déserts médicaux.
Contrat de début d’exercice (CDE) : aide financière mensuelle (jusqu’à 1 000 €/mois) pour les médecins s’installant ou se salariés en zone sous-dotée. Durée : 1 an renouvelable.
PTMG (Praticien Territorial de Médecine Générale) : garantie de revenus minimum (6 900 € brut/mois) pour les généralistes en zone sous-dense. En contrepartie, exercice en secteur 1 et respect de quotas d’activité.
Aides des collectivités territoriales : mairies et départements proposent souvent des aides directes (logement, cabinet, prime d’installation), surtout en zone rurale. Négociation directe possible.
Exonérations fiscales : médecins en Zones de Revitalisation Rurale (ZRR) bénéficient d’exonérations partielles d’impôt sur le revenu et de cotisation sur la valeur ajoutée.
Zones surdotées et régulation
Certaines spécialités dans certaines régions sont en suroffre. Les nouvelles conventions médicales incluent des mécanismes de régulation (désincitation à l’installation en zone dense) — à vérifier selon votre spécialité.
Modes d’exercice libéral
Cabinet individuel
Exercice en solo. Le médecin est seul maître à bord : horaires, patientèle, aménagement. Avantages : autonomie totale. Inconvénients : isolement professionnel, charges fixes lourdes, pas de remplacement facilité.
Cabinet de groupe
Association avec 2 à 6 autres médecins (souvent, cabinet SCM — Société Civile de Moyens). Les charges du cabinet (loyer, secrétariat, matériel) sont mutualisées. Le médecin garde son indépendance sur sa patientèle.
Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP)
Structure regroupant médecins généralistes, infirmiers, kinés, pharmaciens, podologues… Fonctionne avec un projet de santé territorial. Avantages : travail d’équipe, coordination des soins, accès à des financements spécifiques (ISTF, subventions ARS).
Centre de santé
Structure salariée : le médecin est employé par une association ou une collectivité. Pas de risque financier lié au libéral, mais moins d’autonomie. En fort développement dans les villes.
Statuts juridiques et fiscaux
| Statut | Régime fiscal | Avantage | Inconvénient |
|---|---|---|---|
| Entreprise individuelle (EI) | BNC - déclaration contrôlée | Simplicité | Responsabilité sur patrimoine personnel |
| SELARL (Société d’exercice libéral à responsabilité limitée) | IS ou IR au choix | Protection du patrimoine, optimisation fiscale | Gestion comptable complexe |
| SCP (Société civile professionnelle) | IR | Association entre médecins | Responsabilité solidaire |
La SELARL est aujourd’hui le statut préféré des médecins libéraux installés, notamment pour l’optimisation de la rémunération (dividendes vs salaires).
Les démarches administratives
Avant l’ouverture du cabinet
- Inscription au Conseil de l’Ordre des Médecins (CDOM) du département — obligatoire avant tout exercice
- Inscription à la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie) pour conventionnement
- Immatriculation à l’URSSAF (déclaration de début d’activité)
- Affiliation à la CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France) — cotisation obligatoire
- Contrat de bail commercial ou achat des locaux (respecter les normes d’accessibilité ERP)
Logiciel médical et RPPS
L’identifiant national RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels intervenant dans le système de Santé) est obligatoire. Le logiciel de gestion médicale (Doctolib, Maiia, Docaposte…) doit être certifié HDS (Hébergeur de Données de Santé).
Revenus d’un médecin libéral généraliste
| Situation | Revenu net mensuel estimé |
|---|---|
| Installation récente (1–3 ans), secteur 1 | 4 500 – 6 500 € |
| Généraliste établi, patientèle pleine | 7 000 – 10 000 € |
| Généraliste avec MEP (missions d’enseignement) | + 500 à 1 500 € |
| Spécialiste secteur 2 (chirurgien, cardiologue…) | 8 000 – 20 000 € |
Ces chiffres intègrent les charges professionnelles courantes (cotisations sociales ~30–35 % des recettes, loyer, matériel, comptable). Le revenu net imposable peut être optimisé via la SELARL.
Les pièges à éviter
Surestimer la patientèle initiale : une patientèle pleine de généraliste se constitue en 2 à 5 ans. Prévoir un fonds de roulement pour les 12 premiers mois.
Négliger la comptabilité : en libéral, le médecin est chef d’entreprise. Un expert-comptable spécialisé médical est un investissement indispensable.
Mauvais choix de secteur : passer du secteur 1 au secteur 2 est possible mais limité dans le temps (option disponible lors de l’installation ou dans les 5 premières années).
Oublier la prévoyance : en libéral, l’arrêt maladie n’est indemnisé qu’à partir du 91e jour par la CARMF (base). Un contrat de prévoyance complémentaire est essentiel.
Synthèse
L’installation libérale est un projet professionnel exigeant mais gratifiant, avec une autonomie réelle et des revenus potentiellement élevés. Bien choisir son secteur conventionnel, son mode d’exercice et sa zone d’installation sont les décisions structurantes. Les aides à l’installation en zone sous-dense ont été considérablement renforcées — elles méritent d’être étudiées attentivement avant tout choix de localisation.