Le maté n’est pas mauvais pour la santé en tant que tel : c’est une infusion riche en antioxydants, dont la composition ressemble à celle du thé. Le vrai facteur de risque documenté n’est pas le maté lui-même, mais la température à laquelle il est traditionnellement bu : les boissons très chaudes (au-dessus de 65°C) sont classées comme « probablement cancérogènes » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), quelle que soit la boisson concernée. Ce guide détaille la caféine qu’il contient, l’historique complet — et souvent mal résumé — de la classification du CIRC, les études sud-américaines sur le cancer de l’œsophage, la question des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), ainsi que ses bénéfices potentiels et les précautions à connaître.
Points clés à retenir
- Le CIRC a classé les boissons très chaudes (>65°C) en groupe 2A (« probablement cancérogène »), et non le maté en tant que substance : bu tiède ou froid, le maté est classé en groupe 3 (non classable)
- Un maté contient en moyenne 40 à 90 mg de caféine (mateine) par tasse de 150 ml, soit moins qu’un café mais souvent plus qu’un thé
- Des études d’observation menées en Amérique du Sud associent la consommation de maté très chaud à un risque accru de cancer de l’œsophage et de la bouche, sans qu’un lien de causalité direct avec le maté comme substance ait été démontré
- Certains matés séchés au feu de bois contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ; les procédés sans contact direct avec la fumée en contiennent nettement moins
- Le maté contient aussi des polyphénols (notamment des acides chlorogéniques) associés à des bénéfices cardiométaboliques dans plusieurs essais cliniques
- Les femmes enceintes, les personnes cardiaques ou sujettes au reflux gastro-œsophagien doivent limiter la quantité et surtout laisser tiédir la boisson avant de la boire
Caféine et mateine : combien y en a-t-il dans un maté ?
La caféine du maté est parfois appelée « mateine », mais il s’agit chimiquement de la même molécule que celle du café ou du thé — l’idée d’une caféine « différente » et sans effets stimulants est un mythe marketing, pas une réalité biochimique.
En teneur, le maté se situe entre le thé et le café. Une revue de littérature récente publiée dans Nutrients rapporte une teneur en caféine de l’ordre de 8,7 à 17,5 mg par gramme de feuilles séchées, ce qui correspond à environ 42 à 82 mg de caféine par tasse de 150 ml une fois infusée — Ilex paraguariensis (Yerba Mate): A Narrative Review, Nutrients, 2026. À titre de comparaison, selon la Mayo Clinic, une tasse de café filtre de 240 ml apporte en moyenne 96 mg de caféine, un thé noir environ 48 mg et un thé vert environ 29 mg — Caffeine content for coffee, tea, soda and more, Mayo Clinic.
Dans la pratique sud-américaine traditionnelle, la calebasse est souvent remplie d’eau chaude à plusieurs reprises sur la même charge de feuilles au cours d’une session prolongée, ce qui peut faire grimper l’apport cumulé de caféine bien au-delà d’une seule tasse. Comme pour le café, la dose totale ingérée dépend donc autant de la quantité de feuilles et du nombre de remplissages que de la concentration par tasse.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) considère qu’un apport quotidien de caféine, toutes sources confondues, jusqu’à 400 mg par jour ne pose pas de problème de sécurité chez l’adulte sain non enceinte — Scientific Opinion on the safety of caffeine, EFSA Journal, 2015.
La classification du CIRC : ce qu’il faut vraiment comprendre
C’est le point le plus mal compris sur le maté, et il mérite d’être détaillé précisément car l’historique du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, l’agence de l’OMS spécialisée) comporte deux évaluations différentes, à vingt-cinq ans d’écart.
En 1991, dans sa monographie n°51 consacrée au café, au thé, au maté et aux méthylxanthines, le CIRC avait établi une distinction : le maté en tant que boisson (sans précision de température) était classé en groupe 3 (non classable quant à sa cancérogénicité), mais la consommation de maté très chaud était classée en groupe 2A (« probablement cancérogène pour l’homme »), avec une association jugée probable avec les cancers de l’œsophage et de la bouche — Coffee, Tea, Mate, Methylxanthines and Methylglyoxal, IARC Monographs Vol. 51, NCBI Bookshelf.
En 2016, un groupe de 23 scientifiques a réévalué l’ensemble du dossier dans la monographie n°116, cette fois en comparant le café, le maté et les « boissons très chaudes » comme catégories distinctes. Les conclusions ont changé la lecture du sujet : le café et le maté, en tant que substances, ont tous deux été reclassés en groupe 3 (non classables), faute de preuves suffisantes qu’ils soient, par leur composition chimique, à l’origine d’un cancer. En revanche, la consommation de boissons très chaudes, au-dessus d’environ 65°C, a été classée en groupe 2A (« probablement cancérogène »), quelle que soit la boisson concernée (thé, café ou maté) — IARC Monographs evaluate drinking coffee, maté, and very hot beverages, communiqué de presse n°244, CIRC, 2016.
La phrase la plus souvent citée pour résumer ce changement est celle du directeur du CIRC de l’époque, le Dr Christopher Wild : « ces résultats suggèrent que la consommation de boissons très chaudes est une cause probable de cancer de l’œsophage et que c’est la température, plutôt que les boissons elles-mêmes, qui semble en être responsable » (traduction) — communiqué de presse n°244, CIRC.
Autrement dit : le maté n’a jamais été classé cancérogène en tant que substance, ni en 1991 ni en 2016. Ce qui a été classé « probablement cancérogène » à ces deux occasions, c’est le fait de boire n’importe quel liquide à une température brûlante — un mécanisme de lésion thermique répétée des muqueuses, pas une toxicité chimique propre au maté. Un maté bu tiède ou à température modérée entre dans le groupe 3, au même titre qu’un café ou un thé bus non brûlants.
Le lien entre maté très chaud et cancer de l’œsophage : ce que montrent les études
Les données qui ont motivé ces classifications viennent en grande partie d’études d’observation (cas-témoins) menées dans des régions où le maté est traditionnellement consommé très chaud, notamment en Argentine, en Uruguay et dans le sud du Brésil, ainsi que d’études similaires sur le thé très chaud en Chine, en Iran et en Turquie. Ces travaux ont constaté que le risque de cancer de l’œsophage augmentait avec la température à laquelle la boisson était habituellement bue, indépendamment du type de boisson — IARC Monographs, General Remarks, Vol. 116, NCBI Bookshelf.
Il est important de rester précis sur la nature de ces preuves : il s’agit d’associations statistiques observées dans des études d’observation, où de nombreux facteurs de confusion sont difficiles à isoler complètement (tabac, alcool, apport calorique, autres habitudes alimentaires). Le CIRC lui-même qualifie le niveau de preuve de « limité » chez l’humain pour les boissons très chaudes, ce qui justifie le classement en groupe 2A (« probable ») plutôt qu’en groupe 1 (« cancérogène avéré »). Aucune étude n’a démontré de lien de causalité direct entre le maté comme substance et un cancer, en dehors de l’effet de la température de consommation.
En pratique, cela signifie que le risque documenté concerne spécifiquement l’habitude de boire le maté — comme n’importe quel liquide — immédiatement après l’avoir chauffé, à une température qui brûle la bouche et l’œsophage, pas la plante Ilex paraguariensis elle-même.
Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) : un risque lié au séchage, pas à la plante
Un autre sujet de préoccupation, distinct de la question de la température, concerne le mode de séchage traditionnel des feuilles de maté. Dans certaines régions, les feuilles sont séchées au contact direct de la fumée de bois (méthode dite du « sapeco »), un procédé qui peut contaminer le produit final avec des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des composés générés par la combustion du bois et classés cancérogènes pour certains d’entre eux (dont le benzo[a]pyrène).
Une étude ayant analysé plusieurs marques de maté commercialisées a mis en évidence une variation importante des teneurs en HAP selon la marque, le lot et surtout la méthode de séchage : les échantillons séchés sans contact direct avec la fumée présentaient des concentrations en benzo[a]pyrène nettement plus faibles que ceux séchés traditionnellement au feu de bois — Significant variation in the concentration of carcinogenic polycyclic aromatic hydrocarbons in yerba maté samples by brand, batch and processing method, PMC. Les auteurs soulignent toutefois que l’absorption digestive de ces composés est probablement moins efficace que l’absorption pulmonaire liée au tabagisme, et qu’une évaluation plus poussée du risque réel pour la santé humaine reste nécessaire.
Ce point mérite d’être distingué de la classification CIRC vue plus haut : les HAP sont un contaminant lié au procédé de fabrication, pas une propriété intrinsèque de la plante. Les matés certifiés bio ou issus de procédés de séchage à l’air ou électriques (sans fumée directe) en contiennent significativement moins.
Les bénéfices potentiels du maté : antioxydants et effets cardiométaboliques
Pour équilibrer le tableau, le maté est aussi l’une des infusions les plus riches en composés polyphénoliques, notamment en acides chlorogéniques, qui représenteraient à eux seuls 71 à 76 % des polyphénols totaux de la plante, aux côtés de flavonoïdes et de saponines — Ilex paraguariensis (Yerba Mate): A Narrative Review of Bioactive Compounds, Nutrients, 2026. Ces composés ont des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires documentées in vitro et dans plusieurs essais chez l’humain.
Sur le plan cardiométabolique, un essai contrôlé randomisé en cross-over publié en 2025 a montré qu’une consommation quotidienne de trois tasses de thé de maté pendant huit semaines réduisait la pression artérielle, certains marqueurs inflammatoires et améliorait le profil lipidique chez des adultes en bonne santé et chez des adultes à risque cardiovasculaire modéré — Yerba Mate Tea May Have Cardiometabolic Beneficial Effects in Healthy and At-Risk Subjects, Molecular Nutrition & Food Research, 2025. D’autres travaux observationnels rapportent une association entre une consommation régulière de maté et une meilleure sensibilité à l’insuline ainsi qu’un profil glycémique plus favorable, bien que ces données restent à confirmer par des essais de plus grande ampleur.
Ces bénéfices potentiels ne compensent ni n’annulent les précautions liées à la température ou au séchage : ce sont deux aspects distincts d’une même plante, qu’il convient d’évaluer séparément plutôt que de conclure globalement que le maté est « bon » ou « mauvais ».
Qui doit être prudent avec le maté ?
- Les femmes enceintes : en raison de sa teneur en caféine, le maté doit être compté dans l’apport total quotidien de caféine, que l’EFSA et l’ANSES recommandent de limiter à 200 mg par jour pendant la grossesse, toutes sources confondues (café, thé, maté, chocolat, sodas) — Scientific Opinion on the safety of caffeine, EFSA
- Les personnes souffrant de troubles cardiovasculaires (arythmie, hypertension mal contrôlée) : la caféine peut accentuer certains symptômes, en particulier en cas de consommation importante et répétée dans la journée
- Les personnes sujettes au reflux gastro-œsophagien (RGO) ou aux brûlures d’estomac : les boissons chaudes et caféinées peuvent aggraver les symptômes chez les personnes déjà sensibles
- Les personnes ayant une sensibilité buccale ou œsophagienne accrue (antécédents de brûlures, muqueuses fragilisées) : la prudence sur la température est encore plus importante
- Les personnes anxieuses ou sujettes aux troubles du sommeil : comme toute boisson caféinée, le maté peut aggraver l’anxiété ou perturber l’endormissement en cas de consommation tardive
Comment boire du maté sans risque inutile
- Laissez-le tiédir avant de boire : c’est la mesure la plus simple et la mieux étayée par les données scientifiques, puisque le principal risque documenté concerne la température, pas la plante elle-même
- Évitez de le boire immédiatement après l’avoir infusé avec de l’eau frémissante ; attendez qu’il descende à une température confortable en bouche, sans sensation de brûlure
- Modérez la quantité totale, en particulier lors des sessions prolongées où la calebasse est remplie plusieurs fois, pour rester dans les repères de consommation de caféine recommandés (jusqu’à 400 mg/jour chez l’adulte sain, 200 mg/jour pendant la grossesse)
- Privilégiez un maté séché sans contact direct avec la fumée (séchage à l’air ou électrique) si vous en consommez régulièrement, pour limiter l’exposition aux HAP
- Espacez la consommation dans la journée et évitez les prises tardives si vous êtes sensible aux effets de la caféine sur le sommeil
FAQ — Maté et santé
Le maté donne-t-il le cancer ?
Non, aucune étude n’a démontré que le maté, en tant que substance, cause le cancer : il est classé en groupe 3 (non classable) par le CIRC depuis 2016. Ce qui est associé à un risque accru de cancer de l’œsophage, dans des études d’observation, c’est l’habitude de le boire à une température très élevée — un facteur de risque partagé avec le thé ou le café bus brûlants.
Le maté est-il plus dangereux que le café ?
Non, les deux sont classés dans la même catégorie (groupe 3, non classable) par le CIRC. Le maté contient généralement moins de caféine par tasse que le café, mais peut être consommé en plus grande quantité sur une session prolongée.
Peut-on boire du maté enceinte ?
Avec prudence et en quantité limitée, en le comptant dans l’apport quotidien total de caféine (200 mg/jour maximum recommandés par l’EFSA), et en veillant particulièrement à ne jamais le boire brûlant.
Le maté « bio » est-il plus sûr ?
Pas nécessairement en ce qui concerne la caféine ou la température, mais un maté séché sans contact direct avec la fumée de bois contient généralement moins d’hydrocarbures aromatiques polycycliques qu’un maté séché traditionnellement au feu.
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