mes-études-santé
Remèdes naturels

Ginkgo biloba : mémoire, circulation cérébrale et ce que prouve vraiment la science

Le ginkgo biloba améliore-t-il vraiment la mémoire ? Ce que disent les méta-analyses sur la démence, la circulation cérébrale et le déclin cognitif. Dosage et précautions.

2 mai 2025 8 min de lecture
Ginkgo biloba Mémoire Déclin cognitif Circulation cérébrale Phytothérapie

Le ginkgo biloba est l’arbre le plus ancien du monde — un fossile vivant inchangé depuis 200 millions d’années. Son extrait est le phytothérapeutique le plus vendu en Europe pour la mémoire et le déclin cognitif. Mais que prouve réellement la science ? Les résultats sont plus nuancés que le marketing ne le laisse entendre.


Qu’est-ce que le ginkgo biloba ?

Ginkgo biloba est un arbre dioïque originaire de Chine, dont les feuilles contiennent deux classes de composés actifs :

ClasseComposésPropriétés
Flavonoïdes (24 % dans l’extrait standardisé EGb 761)Quercétine, kaempférol, isorhamnétineAntioxydants, anti-inflammatoires
Terpènes (6 % dans EGb 761)Ginkgolides A, B, C, J ; bilobalideNeuroprotecteurs, antagonistes du PAF

L’extrait standardisé EGb 761 (Tanakan, Ginkogink) est la forme la plus étudiée cliniquement — la plupart des études sérieuses utilisent cette préparation à 24 % de flavonoïdes glycosides et 6 % de terpènes.


Mécanismes d’action

1. Vasodilatation et amélioration de la microcirculation

Les terpènes du ginkgo, notamment les ginkgolides, inhibent le facteur d’activation plaquettaire (PAF) — une molécule pro-inflammatoire et agrégante. Cette inhibition améliore la fluidité sanguine et la circulation dans les microvaisseaux cérébraux.

2. Protection antioxydante neuronale

Les flavonoïdes sont de puissants antioxydants capables de traverser la barrière hémato-encéphalique. Ils neutralisent les radicaux libres qui endommagent les neurones, en particulier dans le contexte de l’ischémie et du vieillissement.

3. Modulation des neurotransmetteurs

Des études in vitro et sur animaux montrent que l’extrait de ginkgo :

  • Augmente l’activité cholinergique (acétylcholine → mémoire)
  • Réduit la recapture de sérotonine et de dopamine
  • Inhibe la MAO-A et MAO-B (enzyme de dégradation des neurotransmetteurs)

4. Neuroprotection contre la toxicité bêta-amyloïde

In vitro, le ginkgo réduit l’agrégation et la toxicité des plaques amyloïdes (impliquées dans la maladie d’Alzheimer). Cet effet a suscité beaucoup d’espoir, mais les essais cliniques de grande envergure ont tempéré l’enthousiasme.


Ce que disent les grandes études cliniques

Maladie d’Alzheimer et démence

Étude GEM (Ginkgo Evaluation of Memory Study, 2008) : la plus grande étude jamais réalisée sur le ginkgo pour la prévention de la démence. 3 069 patients ≥ 75 ans, suivi médian de 6 ans.

Résultat : le ginkgo ne réduit pas l’incidence de la maladie d’Alzheimer par rapport au placebo (HR 1,12 ; p=0,33).

Étude GUIDE (2012, 828 patients avec Alzheimer léger à modéré, 24 semaines) : l’EGb 761 à 240 mg/jour améliore de manière significative les scores cognitifs et les symptômes neuropsychiatriques (agitation, dépression) vs placebo.

Méta-analyse Cochrane (Birks & Grimley Evans, 2009, mise à jour 2014) : le ginkgo est “incohérent et peu convaincant” pour la prévention de la démence, mais montre des effets “modérés et réguliers” sur la cognition chez les patients déjà atteints de démence légère à modérée.

Conclusion sur la démence

Le ginkgo ne prévient pas la maladie d’Alzheimer. Il peut apporter un bénéfice modeste chez des patients déjà atteints de déclin cognitif léger à modéré, notamment sur les symptômes neuropsychiatriques.


Déclin cognitif lié à l’âge (sans démence)

Méta-analyse 2015 (Neuropsychiatric Disease and Treatment, 21 études randomisées) : l’EGb 761 à 240 mg/jour améliore significativement la mémoire, la vitesse de traitement et l’attention chez les adultes de plus de 60 ans avec déclin cognitif subjectif, comparé au placebo.

Ces effets sont plus convaincants que pour la prévention de la démence. Le ginkgo semble utile pour le maintien des capacités cognitives dans le cadre du vieillissement normal.


Acouphènes et vertiges

Plusieurs essais cliniques et méta-analyses soutiennent l’utilisation du ginkgo dans :

Acouphènes : une méta-analyse de 2011 (Journal of Psychiatric Research, 5 essais, 1 543 patients) montre une amélioration significative des acouphènes avec EGb 761 vs placebo. L’effet est modeste mais reproductible.

Vertiges et insuffisance circulatoire cérébrale : plusieurs études randomisées montrent une réduction de la fréquence et de l’intensité des vertiges d’origine vasculaire.


Mémoire chez le sujet jeune et sain

Les résultats sont décevants. Une méta-analyse de 2012 (Human Psychopharmacology) sur 15 études chez des adultes sains montre l’absence d’amélioration significative de la mémoire ou des fonctions exécutives chez les sujets jeunes et en bonne santé.

Le ginkgo n’est pas un “booster cognitif” pour les étudiants ou les personnes sans déficit avéré.


Guide d’utilisation

Forme et dosage

IndicationDoseDurée
Déclin cognitif lié à l’âge240 mg/jour (EGb 761)Minimum 3 mois pour évaluer
Acouphènes240 mg/jour3–6 mois minimum
Vertiges240 mg/jour8–12 semaines

Prendre l’extrait en 2 prises (matin et soir) pour maintenir des taux plasmatiques stables.

Choisir le bon produit

Exiger l’EGb 761 standardisé : 24 % de flavonoïdes glycosides, 6 % de terpènes. Tous les extraits de ginkgo ne sont pas équivalents.

Produits reconnus : Tanakan (prescription médicale en France), Ginkogink, ou équivalents certifiés EGb 761.

Éviter : tisanes de feuilles (biodisponibilité très faible), extraits non standardisés.


Contre-indications et précautions

Anticoagulants et antiagrégants plaquettaires

Le ginkgo inhibe le PAF et réduit l’agrégation plaquettaire. Interactions importantes avec :

  • Warfarine et AVK : augmentation du risque hémorragique
  • Aspirine et AINS : potentialisation de l’effet antiagrégant
  • Clopidogrel, ticagrélor : prudence

Arrêt impératif 2 semaines avant toute chirurgie.

Épilepsie

Des cas d’abaissement du seuil épileptogène ont été rapportés. Le ginkgo est contre-indiqué chez les épileptiques.

Grossesse et allaitement

Par manque de données suffisantes, le ginkgo est contre-indiqué pendant la grossesse et l’allaitement.

Interaction avec les inhibiteurs du CYP

Le ginkgo peut modifier légèrement le métabolisme de certains médicaments par induction des CYP1A2, CYP2C9 et CYP3A4.


Effets indésirables

EffetFréquence
Céphalées (début de traitement)Fréquent, transitoire
Troubles digestifsPeu fréquent
Réactions cutanées allergiquesRare
Saignements (épistaxis, gingivorragies)Rare, surtout en association

Synthèse

Le ginkgo biloba est une plante avec une base scientifique réelle mais plus limitée que sa popularité commerciale ne le laisse penser. Il ne prévient pas la démence. Son intérêt est documenté pour les acouphènes vasculaires, les vertiges d’origine circulatoire et le maintien cognitif chez les personnes âgées avec déclin subjectif. Si vous l’utilisez, choisissez impérativement l’EGb 761 standardisé, à 240 mg/jour, et signalez-le à votre médecin si vous prenez des anticoagulants.